Eco : prolégomènes de la dislocation de la CEDEAO et l’échec de la Zlecaf

Buhari et Ouattara

Le processus de création de la monnaie unique Eco prend des tournures qui peuvent conduire les Etats d’Afrique de l’ouest bien plus loin qu’ils ne le veulent. Les dissensions risquent de créer une tension au sein de plusieurs structures sous-régionales.

Le fossé entre le desideratum des chefs d’Etats des pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et celui des pays ouest-africains non membres de l’Uemoa mais, membres de la CEDEAO, en l’occurrence le Nigéria, se creuse chaque jour davantage. Pis, le président nigérian Mohammed Buhari a commencé à être vif et incisif dans ses déclarations. « Il est inquiétant que des gens avec lesquels nous souhaitons adhérer dans un groupement commun prennent des mesures importantes sans nous faire confiance pour en discuter », a confié le chef d’Etat nigérian, selon les propos rapportés par Financial Afrik. Ainsi Mohammed Buhari n’a pas manqué de faire part de sa préoccupation à cause de la décision des pays de l’Uemoa de remplacer le franc CFA par l’Eco, adoptant ainsi la monnaie commune de la CEDEAO avant les autres membres.

De même, selon ses propos, le chef d’Etat nigérian n’aurait plus tellement foi en ses homologues de l’Uemoa dans le processus de l’Eco. Et la carte des renseignements stratégiques est vite exhibée. « Je suis informé que les ministres des pays francophones ont approuvé un projet de loi pour réformer le franc CFA et la plupart, sinon tous les États membres de l’Uemoa ont déjà adopté une législation dans leurs différents parlements à cet effet », a confié le président Buhari selon financialafrik.com dans sa publication du mardi 23 juin 2020. Même s’il ressort qu’aucun pays de l’Uemoa n’a encore procédé à l’adoption d’un projet de loi dans ce cadre, il est évident que la confiance et l’entente ne sont plus au cœur des relations entre les pays de l’Uemoa et le Nigéria.  

Face à la prudence exprimée par le Nigéria et par les pays de la Zone monétaire de l’Afrique de l’ouest, les dirigeants de la CEDEAO ont décidé de convoquer prochainement une réunion élargie du bloc régional sur la question de la monnaie unique.

Sur la route de l’éclatement de la CEDEAO

Le processus du passage du franc CFA à l’Eco tel que mené par les pays de l’Uemoa, est assimilé par beaucoup d’observateurs avertis et surtout les autres pays de la CEDEAO dont le Nigéria, comme un bras de fer. En effet, la monnaie Eco est une initiative de la CEDEAO et c’est cette dernière qui a retenu ce nom. Que l’Uemoa veuille mettre l’Eco en place sans le mastodonte de la CEDEAO, le Nigéria, s’apparente pour beaucoup à un tour de force. Et le Nigéria n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Ainsi donc, soit l’Uemoa tient compte des recommandations et avis du Nigéria derrière lequel s’alignent plus ou moins la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, soit il fait cavalier seul. Or, si l’Uemoa choisit de tenir compte des appréciations des pays de la ZMAO, plusieurs données seront remises en cause y compris les critères de convergence, la parité et d’autres détails non moins importants. De même, si l’Uemoa refuse d’associer le Nigéria au reste du processus, Mohammed Buhari a déjà renseigné sur sa ligne de conduite. « Nous ne pouvons pas nous ridiculiser en entrant dans un syndicat pour se désintégrer, potentiellement au plus tôt lorsque nous y entrons », a-t-il affirmé.

L’adotion de la monnaie Eco par l’Uemoa peut être perçue comme une trahison par le Nigéria et ses alliés de la ZMAO. Ce qui va plomber l’ambiance au sein de la CEDEAO. Puisque la confiance a déserté le forum, la porte sera ouverte aux guerres stratégiques entre les Etats de l’Uemoa et ceux de la ZMAO. Ce qui aboutira tôt ou tard à la dislocation de la CEDEAO, ou tout au moins cette organisation n’existera plus que de nom.

Prolégomènes de l’échec du projet Zlecaf

Les problèmes issus des divergences quant à l’adoption de l’Eco, se répercuteront sur la Zone de libre échange continentale africaine (Zlecaf). Le Nigéria et la ZMOA pourraient vite devenir des bourreaux commerciaux pour les Etats de l’Uemoa. Et ces derniers représentent bien plus que l’ensemble des pays de l’Uemoa. Même si les Etats africains arrivaient tout de même à mettre la Zlecaf en place, cet instrument pourrait devenir assez rapidement celui de l’oppression des africains les plus forts sur les plus faibles. Ce qui est bien loin de l’esprit de la Zlecaf.

 Les Etats africains de la CEDEAO et l’Uemoa en particulier sont à un tournant de leur histoire. Soit ils se donnent la main et se font confiance pour se développer mutuellement, soit ils vont en rangs dispersés et dans 60 ans, on sera toujours en train de répéter les mêmes erreurs comme depuis 1960 à ce jour.

Nafiou OGOUCHOLA

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