Editorial : L’Afrique devant l’incapacité d’exploiter la Covid-19 à son avantage

La crise économique engendrée par la pandémie de la Covid-19 révèle les contradictions anti-développement de l’Afrique et place les africains devant leur incapacité à s’unir pour leur bonheur. Dans l’exercice de l’éditorial de ce jour, je m’en vais faire part, une toute petite part de mon amertume devant mon peuple qui souffre de ce que ses fils sont incapables de se donner la main pour travailler à un objectif commun.

Les mesures restrictives qu’impose la Covid-19 au monde obligent les commerçants africains, spécialisés dans l’importation de produits occidentaux et asiatiques, à assister, impuissants, à la chute de leurs chiffres d’affaires. Certes, cela peut se comprendre puisque la morosité économique semble embraser un nombre important de secteurs. Cela devient difficile à accepter au vu de quelques éléments spécifiques qui sont des réalités du secteur de la commercialisation de produits importés. En effet, les commerçants béninois font face à d’énormes difficultés d’approvisionnement en produits divers alors que des centaines de clients, pour rester modeste, attendent ces derniers pour satisfaire leurs besoins. Mais le drame ne serait pas à son paroxysme si les produits n’étaient disponibles qu’en occident ou en orient. Justement, une gamme variée de produits et articles dont ont besoin des ménages, entreprises et particuliers béninois pour leurs besoins quotidiens sont disponibles dans des pays africains dont le Nigéria. Mais, il est quasiment impossible pour les commerçants béninois qui avaient pour habitude de recevoir leurs produits d’Europe et d’Asie de se tourner vers le géant de l’Afrique de l’ouest pour s’approvisionner, satisfaire leur clientèle, faire tourner leurs entreprises, éviter la banqueroute, éviter le licenciement technique, sauver les emplois de leurs collaborateurs, etc. Mais qu’est-ce qui empêche les commerçants béninois de s’approvisionner au Nigéria à défaut d’Europe ou d’Asie ?

Les commerçants béninois qui préfèrent se ravitailler en Europe et en Asie alors que les produits qu’ils convoitent sont disponibles au Nigéria sont contraints de le faire parce qu’il y a un manque criard de confiance entre leurs voisins et eux. Et ce pour plusieurs raisons. D’une part, le risque de se faire approvisionner en produits contrefaits au Nigéria. D’autre part, il ressort que la garantie qu’offrent les grossistes nigérians n’est souvent pas sur une durée adéquate si elle n’est pas que factice. Ainsi, les importateurs qui s’approvisionnent sur le marché du Nigéria le font à leurs risques et périls. Une fois vendus, si les produits sont performants et résistants, les commerçants s’en tirent à bon compte et fidélisent leurs clients. Le cas échéant, c’est la course-poursuite qui se termine souvent par l’argument des détaillants : « moi-même j’ai acheté ça comme ça, c’est la chance ».

De même, la fermeture des frontières du Nigéria avec ses voisins dont le Bénin avait contraint certains commerçants à chercher d’autres sources d’approvisionnement. Certes, on peut arguer de ce que les frontières ont aussi été fermées dans le cadre de la lutte contre la propagation de la Covid-19, mais il n’en demeure pas moins vrai que ce n’est pas le même contexte ni la même réalité. Car, dans le cadre de la Covid-19, les marchandises continuent de circuler. Cependant que, les relations commerciales entre le Nigéria et le Bénin s’étaient détériorées avant l’avènement de cette pandémie.

Aujourd’hui, le constat est simple. Des commerçants béninois ont de nombreuses commandes en produits disponibles au Nigéria. Mais pour une raison ou une autre, ils sont obligés d’attendre que les mesures de protection contre la Covid-19 soient un peu plus allégées en Europe et en Asie pour effectuer le déplacement, se ravitailler et venir satisfaire leur clientèle qui prend son mal en patience, les sous en poche. Ainsi, les commerçants béninois chôment pour raison de rupture de stock. Et les conséquences ne se font pas attendre sur le plan socioéconomique. Pendant ce temps, les grossistes nigérians ont des produits qui attendent dans les magasins. Et les conséquences socioéconomiques ne se font pas attendre là-bas non plus. J’ai bien envie de rire. J’en ris d’ailleurs. C’est ma manière d’exprimer mon amertume. Triste africain. Joyeux éditorialiste. Et comme l’a dit un artiste ivoirien : « …tout ça là s’enjaille ».

Par Nafiou OGOUCHOLA

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