Adéquation formation-emploi : un pas important vers l’émergence de l’Afrique

L’effectif des diplômés qui échouent sur le marché de l’emploi au terme de chaque année académique va sans cesse grandissant. Malgré le fait qu’il y ait très peu d’emplois qui se créent, l’engouement pour les formations académiques et universitaires ne s’estompe pas. Et la plupart des jeunes diplômés sont contraints au chômage et au sous-emploi, une fois nantis de leurs parchemins. Dans l’exercice de l’éditorial de ce jour, nous insisterons sur l’adéquation entre la formation et l’emploi car c’est ce qui détermine l’avenir d’une nation.

La massification des formations professionnelles et universitaires, pain béni pour des secteurs d’activités données il y a quelques années, est devenu un rouleau compresseur qui annihile les efforts de nos dirigeants et condamnent la jeunesse à l’oisiveté. Il y a 20 ans par exemple, les personnes ayant reçues une formation en secrétariat bureautique, tourisme, transit et consignation, pour ne citer que celles-là, étaient les bienvenues sur le marché de l’emploi. Mais aujourd’hui, l’emploi s’est raréfié dans ces secteurs et le titre de ‘’transitaire’’ autrefois usurpé pour attirer l’attention n’est plus synonyme de réussite. Loin de là. Parti de cet exemple, il est aisé de comprendre que la formation reçue par un individu n’a de valeur sur le marché de l’emploi que si et seulement si les entreprises qui existent ont besoin de ces compétences.

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique a publié une liste de 20 universités privées qui ont provisoirement reçu l’agrément d’exercer pour la rentrée 2018-2019. Le tour d’horizon des formations agréées en licence pour le compte de l’université privée placée à la première loge sont les suivantes : banque finance et assurance ; administration des affaires ; comptabilité et finance d’entreprises ; marketing et action commerciale ; science politique et relation internationale ; communication d’entreprise ; informatique ; gestion des ressources humaines ; création d’entreprises et gestion des projets. En somme, sur 13 filières agrées en licence professionnelle seules les compétences issues des formations dispensées dans quatre filières sont souvent recherchées sur le marché béninois de l’emploi. Il s’agit des suivantes : administration des affaires ;comptabilité et finance d’entreprises ; informatique ; création d’entreprises et gestion des projets.A quelle fin sont donc formés les étudiants qui reçoivent des formations dans les neuf autres filières ? Le cas des universités privés ainsi révélé, point n’est besoin de s’appesantir sur celui des publiques. Toutefois, il est souvent difficile aux observateurs avertis de comprendre comment les parents peuvent dépenser des millions sur la formation de leur progéniture tout en sachant que le secteur d’activité dans lequel celui-ci désire faire carrière est saturé. Et tous les cadres béninois connaissent le meilleur secteur d’activités qu’offre la République. « La terre ne ment pas », entend-on dire. Le Bénin chante avec fierté la richesse de ses terres. Pourtant, tout le monde ou presque envoie sa progéniture à l’université pour venir grossir le rang du secteur tertiaire déjà saturé. Le comble, une fois à la retraite, le cadre se consacre à sa ferme.

La route qui mène vers le développement durable du Bénin passe nécessairement par l’adéquation formation-emploi. Sous tous les cieux, la réussite a été au bout d’une planification calquée sur les besoins en formation des secteurs vitaux du pays. L’effectif d’un seul département de la Faculté des lettres, langues, arts et communication (FLLAC) de l’Université d’Abomey-Calavi pourrait dépasser celui de toute la Faculté des sciences agronomiques. Mais tout le monde connait et vante les opportunités de l’agriculture. Pourtant, tout le monde ou presque veut travailler dans un bureau dans le public ou le privé. De quoi avoir une pensée pour l’écrivaine Axelle Kabou et méditer son célèbre ouvrage : ‘’Et si l’Afrique refusait le développement ?’’

Nafiou OGOUCHOLA

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