Les propositions de Michel Abdelouhab pour inciter les diasporas africaines à investir sur le continent

Michel Abdelouhab, fonctionnaire détaché au ministère français des Affaires étrangères, professeur de sciences économiques

Le développement des Etats africains nécessite un accroissement des investissements dans plusieurs secteurs clés dont l’agriculture, l’industrie, les infrastructures, pour ne citer que ceux-là. Devant l’incapacité des bailleurs de fonds internationaux de répondre aux besoins financiers des africains, les regards se tournent de plus en plus vers les membres de la diaspora. Avec l’expérience des pays comme le Ghana et le Nigéria, on s’est vite rendu compte que les diasporas africaines en Europe, Amérique, Asie et ailleurs, constituent une véritable puissance financière. Toutefois, le flux d’argent envoyé par les diasporas africaines ne va pas dans des investissements conséquents. Ce qui est perçu comme un beau gâchis par des experts avérés.

En vue de pallier cet état de choses et aider les Etats africains à user des potentialités financières de ses diasporas pour se hisser sur la voie du développement, le fonctionnaire détaché au ministère français des Affaires étrangères, professeur de sciences économiques, en activité à Luanda, en Angola, Michel Abdelouhab, a préconisé des mesures salvatrices. De simples dispositions pour gagner la confiance des expatriés africains. Lire ci-dessous, l’intégralité de la tribune libre de Michel Abdelouhab sur le sujet.

Diasporas africaines : le levier délaissé du développement économique

« Les diasporas africaines représentent l’une des six régions d’Afrique » a affirmé Obiagali Ezekwesili, vice présidente de la Banque mondiale pour l’Afrique. Elle ajoute qu’il est impératif d’envisager le rôle de la diaspora dans le développement de l’Afrique d’un point de vue stratégique. On peut compter en effet nombre d’ingénieurs, d’avocats, de médecins, de professeurs et d’entrepreneurs issus des diasporas africaines. Beaucoup ont quitté leur pays pour une vie meilleure ; d’autres sont nés en  Europe mais ont gardé des attaches avec le pays de leurs parents. Aujourd’hui beaucoup d’entre eux ont le désir de contribuer au développement de leur pays d’origine et édifier ainsi une Afrique prospère et démocratique.

A cet égard la Banque Mondiale a confirmé que les transferts de fonds en provenance de la diaspora africaine étaient estimés à quelques 40 milliards de dollars soit environ 22.297 milliards FCFA par an ; dépassant ainsi l’aide au développement allouée à l’Afrique tout entière. Par ailleurs nombre d’africains possèdent compétences, connaissances, savoirs et savoirs faire pour contribuer à cette dynamique de l’émergence économique.

En fait la problématique est la suivante : Comment faire contribuer financièrement et en terme de compétences cette diaspora dynamique et expérimentée. ?

Les transferts de fonds aussi important soient ont souvent été  utilisés à la consommation finale des ménages. Nourriture, logement, éducation et santé. Cette manne n’est malheureusement pas affectée à l’investissement. Or, c’est d’investissements dont a besoin l’Afrique car il est générateur d’emplois, de revenus et d’autonomie financière.

Un système financier type « diaspora bond » pourrait être mis en place. L’argent de cette diaspora serait ainsi affecté sous  forme d’emprunts obligataires au financement de l’investissement en Afrique. La collaboration des opérateurs financiers locaux serait alors indispensable. Il s’agira de mettre en branle une ingénierie financière qui permettra de collecter les fonds a moindre coûts et de fluidifier les transactions sur ce nouveau marché obligataire. Le Nigéria a expérimenté cet outil en 2018 réussissant à lever 300 millions de dollars affectés au financement des infrastructures.

La mise à disposition des compétences et savoirs faire de ces diasporas ne pourra se faire qu’en appliquant la théorie du salaire d’efficience de Robert Solow. Il semble difficile d’attirer les talents de ces diasporas sans leur proposer un contrat type expatrié avec primes et avantages en nature. Pourquoi ce type d’émoluments ne seraient-ils réservés qu’aux expatriés venus des pays du nord ? Un marketing attractif devrait être mis en place pour attirer les qualifications de la diaspora africaine vers leur pays d’origine, les « rapatriés ». Enfin la représentativité politique de ces diasporas doit être garantie au sein des institutions des pays d’origine.

La dynamique inclusive des diasporas africaines dans le développement économique des pays d’origine doit intégrer ces trois leviers. Le levier financier, l’attractivité financière du poste ou de la mission et enfin la participation active à la vie démocratique et à la prise de décision dans le pays d’origine. Connaître les deux cultures, africaine et européenne, est un véritable atout pour les firmes multinationales ainsi que les entreprises locales en Afrique. Cette double connaissance génère efficacité, productivité et efficience.

Enfin, l’intégration de ces diasporas dans le développement économique et social en Afrique  remettrait définitivement en cause le modèle relationnel directement hérité de la colonisation.

Michel Abdelouhab, Professeur de sciences économiques

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