Afro Tchink : la musique béninoise en quête de représentativité à l’international avec Rabby Slo

L'artiste chanteur béninois Rabby Slo, après avoir conquis le coeur des béninois se lance à l'assaut de celui des africains et des citoyens du monde

L’artiste musicien Wilfrid Hounwanou alias Rabby Slo multiplie les initiatives en direction de ses fans au Bénin. Plus de dix ans après son départ qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, le jeune béninois est plus proche que jamais de son retour. A travers une interview, il a levé un coin de voile sur son départ et renseigné sur ses riches expériences musicales aux Etats-Unis. Lire ci-dessous, l’intégralité de ses propos.

L’économiste du Bénin : Rabby Slo est parti du Bénin depuis plus de dix ans. L’homme que vous êtes aujourd’hui est-il le même que celui que les béninois ont gardé dans leur cœur ? Sinon, quelles sont les différences entre l’homme d’aujourd’hui et celui d’il y a plus de dix ans ?

Rabby Slo : La seule chose qui ne change pas c’est le changement lui-même. A l’essence, je suis resté moi-même parce qu’il faut une racine pour un arbre pour qu’il grandisse. Ma racine reste et demeure la culture béninoise. Et cela ne risque pas de changer. On dit qu’on ne monte pas sur l’arbre pour couper ses branches. La différence c’est qu’il y a une maturité personnelle, intellectuelle et spirituelle plus élevée qu’il y a  quelques années. Pour tout expliquer, je peux dire que je sais qui je suis et je sais ce que je veux dans la vie.  Je peux dire qu’il y a une parfaite évolution dans ma vie.

Comment avez-vous vécu la séparation avec le bénin, vos proches et vos fans ?

La séparation avec le Bénin a été très difficile. Avec mon père, ma mère, mes frères, mes sœurs, mes proches et amis, cela n’a pas été facile. Et quand tu viens aux Etats-Unis d’Amérique et que tu enclenches les procédures pour avoir des papiers, tu ne peux pas sortir du pays jusqu’à ce que tu ne sois résident permanent. J’ai dû patienter entre cinq et six années pour régulariser ma situation. Si je retournais au Bénin, je n’aurai plus jamais la chance de revenir ici. Il fallait forcément attendre les services d’immigration pour avoir le statut de résident permanent.

La séparation a été très douloureuse. Il y a eu beaucoup de choses qui ont été dites sur moi. Mais le plus important c’est se donner la main pour construire l’avenir et réaliser des défis qui vont dans le sens du développement effectif du Bénin, de l’Afrique et du monde. Aujourd’hui, c’est le moment de prendre un nouveau départ avec mes fans.

Etes-vous intégré dans la communauté africaine ou béninoise de votre localité aux USA ?

J’ai plusieurs amis qui viennent du Bénin avec qui je parle fréquemment. En dehors de ça, j’ai des amis qui viennent d’Afrique avec qui j’ai de bons rapports aussi. De même, j’ai beaucoup d’amis qui sont des africains naturalisés américains. Avec mes frères béninois, je me sens un peu plus proche de la maison, et on s’intéresse beaucoup à ce qui se passe chez nous au Bénin. Avec les africains on fait de même. Tout ce brassage offre des expériences variées qui permettent de voir certains problèmes sous des angles différents et de s’enrichir des connaissances des autres.

Pourquoi avez-vous décidé de partir, abandonnant ainsi vos fans qui ont sûrement souffert de votre absence ?

C’est le moment pour moi de présenter mes sincères excuses à mes fans. A tous les amoureux de la musique béninoise qui ont été déçus de voir Rabby Slo quitter le Bénin ; à tous ceux qui ont été déçus de ne plus voir Rabby Slo sur la scène musicale béninoise. Je reviens pour finir ce qu’on avait commencé. Le destin a sa part dans les événements qui surviennent dans la vie d’un homme. Et à quelque chose malheur est bon, puisqu’aujourd’hui mes fans ont un artiste qui s’est enrichi des expériences occidentales, qui a ajouté les connaissances des occidentaux aux siennes et qui a beaucoup travaillé et appris durant plus de dix ans. Pendant toutes ces années je n’ai pas arrêté de travailler pour rehausser mon niveau, apporter un plus, ouvrir la musique béninoise à la scène mondiale comme Youssou N’Dour a fait du Mbala sénégalais une musique reconnue et acceptée un peu partout dans le monde.

Aujourd’hui, j’ai acquis la maturité pour imposer la musique béninoise sur l’échiquier international, pour donner une reconnaissance à notre musique et en faire une valeur ajoutée au service du développement. J’ai fait des expériences qui me permettent aujourd’hui de faire les choses différemment.

Quelles sont les activités que vous avez menées aux Etats-Unis ? Quelle activité menez-vous actuellement ?

Aux Etats-Unis, il faut attendre les deux premières années avant d’avoir le permis de travail. J’ai eu la chance de travailler avec des professionnels où je faisais des background music, des musiques qu’on joue en sourdine dans les émissions de télé réalité. J’ai signé avec quelques-uns des plus grands labels américains qui fournissent les musiques pour les HBO, les Kardashian show…  J’ai produit beaucoup de musiques pour ces labels et cela a été une des activités qui m’ont permis de survivre. Et en même temps que je faisais ce travail, j’acquérais aussi de l’expérience. Parce que ces labels sont tellement exigeants que vous ne pouvez pas leur servir de l’à peu près. Ils en veulent chaque jour davantage et la concurrence est très rude. 

J’ai mon studio d’enregistrement et j’enregistre beaucoup d’artistes. Contrairement à ce que les gens ont dit (rires). Ci-joint les images pour illustrations.

Relatez-nous les conditions de votre départ aux USA 

J’étais le premier artiste à avoir fait la tournée de tout le Bénin. Le parcours au nord a été extraordinaire mais, quand je suis venu au sud, cela a été un peu difficile. Après la tournée, j’ai vu que beaucoup de personnes se sont levées pour me mettre des bâtons dans les roues. A l’époque, que ce soit au ministère (NDLR : de la Culture), partout il y avait des gens qui mettaient la main dedans et bloquaient des activités que je programmais avec mon staff. J’ai senti que mon succès dérangeait beaucoup de monde. En tant que jeune, j’avais peur. J’avais de moins en moins confiance car, beaucoup de personnes m’ont trahi ; ils ont pris mes sous et ils me traduisent en justice ; tout le monde voulait me prendre quelque chose, m’arracher quelque chose ; les mêmes personnes qui priaient avec moi pour que ça marche, étaient devenues mes bourreaux parce que chacun voulait se servir et tout le monde voulait le faire en même temps. Je n’avais donc plus la paix du cœur.

J’ai donc décidé de quitter le pays pour me cacher un peu. De même, j’avais toujours envie de suivre une formation dans une école de musique et, à l’époque mon pays n’offrait pas ces infrastructures. Quand tu voulais le faire, on te bloquait la voie. Je voulais produire des artistes mais, on me bloquait toujours la voie.

Avec tous ces problèmes qui m’empêchaient de m’épanouir personnellement et professionnellement, ma jeunesse a eu raison de moi. Je n’avais personne de confiance qui pouvait me guider et me donner les meilleurs conseils. Donc j’ai décidé de me cacher un peu et le destin a pris le dessus.

Quelles sont les expériences musicales que vous avez eues aux USA ?

J’ai placé des musiques dans les librairies musicales comme Still Music… Je suis allé dans une grande école de musique HorstageScholl Music. Cela m’a permis de beaucoup apprendre et de travailler intensément. J’ai eu aussi à travailler des musiciens locaux. Il y a de grands projets qui s’annoncent ici et, bientôt on saura si la musique béninoise peut faire le poids aux USA.

Quels sont les enseignements que vous avez reçus par vos expériences ?

La connaissance nous rend plus divin. La connaissance est ce qui nous permet de créer l’excellence. J’ai découvert le développement personnel et j’y ai pris goût. Donc je travaille beaucoup avec un esprit ouvert, convaincu de ce que je ne connais pas tout, et que la vie est un constant apprentissage. Travailler sur tous les aspects pour être excellent.

Quelles différences pouvez-vous noter entre la musique africaine et américaine, et entre la musique béninoise et celle des USA ?

La musique américaine a pour but de faire des recettes. On peut dépenser deux millions pour faire un titre et cela peut rapporter cinq millions de dollars. Cela n’a rien à voir avec la beauté de la voix ou autres aspects. La seule question qui intéresse le show-business musical américain c’est : est-ce qu’on peut gagner de l’argent avec la musique qu’on fait ?

Par contre la musique africaine est faite avec le cœur, elle est en train de changer. Les artistes africains transmettent des émotions et ne basent pas d’abord sur la rentabilité. La musique béninoise est absente. Parce qu’on n’a pas de rythme développé qui nous soit relié. Les nigérians ont l’Afrobeat. Et par le biais de l’artiste Drake, il a imposé l’Afrobeat ici. Quand vous n’avez pas un rythme, quelque chose qui vous différencie des autres et fait en même temps votre originalité, les gens ne peuvent pas vous connaître ni vous attacher de l’importance quand bien même vous avez des arguments à faire valoir. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai créé l’Afro Tchink qui va pouvoir combler ce vide. J’espère que tous les Béninois qui ont un bon cœur et qui sont patriotes vont suivre et soutenir ce rythme pour qu’on s’impose ensemble sur le plan international. Parce qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Quand vous continuez à faire la musique des autres, vous les rehaussez et ils ne vont même pas vous respecter.

Il y a des choses que je ne veux pas dire mais qui se font dans l’ombre. Par la grâce de Dieu, la musique béninoise va bientôt s’imposer ici.

Quelles différences entre l’industrie musicale africaine et américaine ?

La musique américaine est orientée vers les profits. Si ça ne rapporte pas de l’argent on ne le fait pas. Il n’y a pas de sentiment. La musique africaine a commencé par évoluer. Mais, il faut qu’on s’organise. Les artistes ici peuvent vivre de leurs royalties tandis que peu de musiciens peuvent le faire en Afrique.

Quelles sont les exigences du marché américain de la musique ?

La seule exigence c’est que cela rapporte de l’argent. Tu dois savoir comment te vendre. On n’achète pas chez quelqu’un qu’on ne connaît pas. C’est par rapport à ton image qu’on s’intéresse à ta musique.

Quels sont les projets que vous avez pour la musique béninoise ?

L’Afro Tchink, c’est le rêve que je nourris pour le Bénin. Après feu Tohon Stan, il faut qu’on réussisse à amener l’Afro Tchink sur le plan international. Et tous les gens qui ne veulent pas évoluer peuvent croiser les bras et nous regarder. Mais j’invite tous les bras valides, les hommes et femmes qui ont quelque chose de compétent à proposer, à se joindre à nous. Car Fela Kuti a créé l’Afrobeat mais aujourd’hui, c’est le Nigéria qui en jouit. Aujourd’hui j’ai créé l’Afro Tchink et je veux que tout le peuple béninois en profite demain. Mais j’ai foi que beaucoup de jeunes béninois ont le cœur ouvert et ont envie d’imposer leur riche culturelle sur le plan international. Et c’est ce que nous allons faire ensemble. Faire de l’Afro Tchink, le nouveau rythme d’Afrique et du monde pour que le Bénin gagne en visibilité sur le plan international.

Replay4life music est parti pour être l’un des plus grands labels d’Afrique et des Etats-Unis qui va aider à donner toute sa place à la culture béninoise. Ce ne sera pas que de la musique, parce que les temps changent, les gens n’écoutent plus la musique. Donc l’artiste doit se réinventer et le producteur aussi doit pouvoir rentabiliser son investissement. Replay4life sera un grand player pour faire évoluer la musique béninoise sur le plan international de façon définitive.

Pouvez-vous faire quelque chose pour accompagner les jeunes talents béninois ? Quoi par exemple ?

Il faut commencer par montrer aux jeunes que l’excellence et la persévérance dans le travail bien fait sont les clés de la réussite dans tous les secteurs. Tout artiste, producteur et autres qui investissent dans l’Afro Tchink ont totalement mon soutien. De même, il faut donner des formations artistiques et musicales aux jeunes pour leur montrer que l’art n’est pas un jeu. C’est l’excellence, c’est la chose qui nous rapproche de Dieu, qui fait la connexion entre l’humain et le spirituel. Je peux créer un studio d’enregistrement au pays. Mettre en place des formations de chant. Créer un environnement qui puisse permettre l’éclosion des talents et la formation de ceux qui ont du goût et veulent évoluer.

Parlez-nous de l’Afro Tchink music. Comment peut-on définir ce concept ?

L’Afro Tchink c’est le Tchink système de Tohon Stan que j’ai pris pour travailler cela et le mettre au standard international afin que la musique béninoise puisse s’exporter. Je ne crée rien. Je prends le Tchinkoumè et j’y ajoute des ingrédients qui font que partout, cela puisse être écouté et, convenir aux normes musicales. Il est temps que notre musique ait une identité. Quand vous allez au Cameroun, on vous parlera du Makossa, au Sénégal du Mbala, au Nigéria de l’Afro beat, du High life, etc. Mais au Bénin, quelle est la musique qui nous permet de nous faire identifier sur le plan international ?

Nous avons passé le temps à faire la musique des autres. Promouvoir la culture des autres. Et nous ? Qui va promouvoir notre musique ? Voilà quelques éléments qui justifient le concept Afro Tchink.  Faire l’Afro Tchink c’est manifester l’amour du Bénin, de Alokpon, de Nestor Gansou, de Tohon et autres. C’est promouvoir le Bénin car, nous travaillons à ce que ce rythme s’impose pour que le Bénin soit rehaussé. Quand on aime son pays on travaille à promouvoir son identité.

Avez-vous une préoccupation particulière à aborder ?

Je remercie tous mes compatriotes du nord au sud, de l’est à l’ouest. Merci pour tout ce que vous faites pour moi et pour la culture béninoise. Que Dieu vous bénisse abondamment. Merci.

Interview réalisée par Nafiou OGOUCHOLA

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1 Comment on "Afro Tchink : la musique béninoise en quête de représentativité à l’international avec Rabby Slo"

  1. Great seller… Thank you

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