Musique de poche et  »Djègo », les atouts du béninois  »Sam de Bord »

L'artiste, musicien, percussionniste, auteur, compositeur et batteur béninois Sam de Bord

La musique live au Bénin, après ses années vertes au lendemain des indépendances, sombre peu à peu laissant place à celle urbaine qui nécessite moins d’instruments, d’hommes et d’efforts. Cependant, des professionnels avérés continuent de se battre pour que l’excellence soit de mise dans ce secteur qui est la vitrine de notre culture. A travers une interview accordée à Samuel Agossou alias ‘’Sam de Bord’’, nous tentons une incursion au cœur de ses motivations et aspirations.

Lire ci-dessous, l’intégralité de ladite interview.

oddafrique.info : Comment peut-on vous présenter ?

Sam de Bord : Je suis Samuel Agossou à l’état civil. Mon nom de scène est ‘’Sam de Bord’’. Je suis originaire de Lokossa dans le département du Mono au Bénin. Je suis artistes, musicien, auteur et compositeur.

Quels ont été vos débuts dans la musique ?

J’ai commencé par jouer de la percussion et chanter dans la chorale dans les églises  à Porto-Novo dans les années 90. Après, je suis passé à la batterie. Chemin faisant, j’ai été sollicité pour accompagner le chantre de l’éternel Johnny Sourou au début des années 2000. J’ai été son premier batteur.

Quel genre musical proposez-vous aux mélomanes ?

Je suis en train de promouvoir la musique de poche au Bénin. C’est une musique facile à exporter puisqu’elle ne nécessite pas trop d’instruments. Juste avec ma voix, mon corps et une percussion, le tour est joué. C’est un mélange entre le conte et la musique corporelle.

La musique de poche me permet de livrer la quintessence de mes connaissances et expériences aux mélomanes. Car, avant d’en arriver à la musique de poche, j’ai fait tout le parcours et suis monté en grade après des efforts conséquents. Des variétés au jazz, en passant par le blues, je joue tous types de musiques.

Quel regard portez-vous sur la musique béninoise ?

L’environnement musical fait face à des problèmes liés à la formation. Car, beaucoup de musiciens ne sont pas bien formés. Ce qui fait que la relève n’est pas assurée. En tout cas pas avec des musiciens qui ont le niveau requis.

Le système artistique béninois est précaire. Marqué par un manque criard d’organisation et de professionnalisme. Il y a très peu d’innovations, de musiques de recherches. Les jeunes musiciens ne veulent pas travailler avec leurs aînés pour apprendre d’eux. Dès qu’ils savent jouer avec deux notes, ils se prennent pour des stars. Alors qu’il y a encore beaucoup d’étapes à franchir pour atteindre le sommet, eux se sentent déjà au firmament. C’est dommage. Quand on adopte une telle attitude, on évolue très difficilement.

Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontées les artistes au Bénin ?

D’abord, les conditions de vie et de travail sont inadaptées à l’art musical au Bénin. La musique est une discipline très stricte. Cela demande beaucoup de travail et de concentration.

Ensuite, chacun cherche à travailler pour son compte ou avoir son propre groupe. Et chacun cherche les moyens de réaliser un album, le promouvoir, trouver des spectacles et autres. L’artiste est tout pour lui-même. Dans quel pays ce système a donné de bons résultats ?

Enfin, dans la société béninoise on regarde un artiste comme quelqu’un qui a échoué dans les autres disciplines surtout celles de l’enseignement. On continue de voir un artiste comme quelqu’un qui se distrait. Alors que c’est lui qui travaille à distraire les mélomanes.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Il faut que les artistes se prennent au sérieux et s’adaptent à l’environnement socioéconomique de notre pays au lieu de passer leur temps à espérer une aide qui ne vient jamais ou qui est toujours insuffisante quand elle arrive, d’aventure. Il faut associer des travaux ou métiers connexes à la musique pour avoir une corde de plus à son arc. Moi par exemple, j’ai décidé d’associer l’agriculture à mon art musical. C’est ainsi que j’ai créé l’association Art et agriculture (Artag) accessible sur la plateforme www.artag-benin.org. Les travaux agricoles me rapprochent de la nature et cette dernière m’inspire beaucoup. Il y a plein d’activités qui sont connexes à la musique. Que ce soit dans le sport, l’enseignement et autres. Cela permettra aux artistes de joindre les deux bouts en attendant que le succès ne frappe à la porte.

Sam de Bord en pleins travaux de maraîchage dans le cadre des activités de l’association Artag

Pour finir, il urge de professionnaliser l’univers musical au Bénin. Créer des salles de spectacles sur l’ensemble du territoire national afin de désengorger Cotonou et permettre aux populations de tous les départements du Bénin d’avoir la possibilité d’accueillir des artistes. Tout se concentre à Cotonou. Pis, il n’y a pas de salle de spectacles en tant que tel à Cotonou.

Quel est l’impact de la Covid-19 sur vos activités musicales ?

La période de confinement et le ralentissement des activités qui s’en est suivi m’ont permis de développer mon répertoire. J’ai plus de temps pour travailler car, avant la Covid-19 j’étais assez sollicité, ce qui faisait que j’avais du mal à avancer sur mes propres projets. Pour moi c’est comme avoir des vacances qui m’ont permis de développer d’autres choses. Et la quintessence de ce travail sera livré par le biais d’un spectacle live le vendredi 16 octobre 2020 au centre culturel ‘’Le Centre’’ à Lobozounkpa.

Avez-vous une préoccupation particulière à évoquer ?

J’ai créé un instrument de percussion appelé ‘’Djègo’’. C’est une calebasse que j’ai travaillée pour en faire une percussion. L’inspiration m’est venue lors de mes activités agricoles. Et ‘’Djègo’’, c’est l’arbre du calebassier dans ma langue maternelle. Cet instrument donne le son de la grosse caisse et celui de la caisse claire. J’ai fait un greffage de castagnette sur la calebasse, ce qui le rend encore plus intéressant.

Il faut noter que cet instrument est aussi conseillé pour les mélomanes ou musiciens amateurs. De même, il peut servir d’objet de décoration en même temps qu’il constitue un moyen de lutter contre le stress. Ecologique, le ‘’Djègo’’ est mon apport dans la famille des percussions.

Interview réalisée par Nafiou OGOUCHOLA

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