Covid-19 : 64,17 milliards FCFA de perte de production, selon la Banque mondiale

Le président du groupe de la Banque mondiale, David Malpass

L’économie de la zone Afrique subsaharienne devrait connaitre sa première récession économique en 25 ans, selon le dernier rapport ‘’Africa’s Pulse’’ publié par la Banque mondiale ce 8 octobre 2020. Plombée par les conséquences de la pandémie de Covid-19, la production de la région enregistre des pertes d’au moins 115 millions de dollars, soit environ 64,17 milliards de FCFA.

Le dernier rapport de la Banque mondiale, « Africa’s Pulse : Tracer la voie de la relance économique », vient de révéler que la récession mondiale pèse très lourdement sur la conjoncture de l’Afrique subsaharienne qui connaîtra cette année une crise historique, avec une baisse du produit intérieur brut (PIB) de -3,3 % en moyenne. Avec des cours des matières premières instables, un tourisme en berne, des envois des émigrés moindres et des investissements étrangers arrêtés, le ralentissement sensible de l’activité économique devrait coûter au moins 115 millions de dollars de pertes de production à la région. A en croire les auteurs de ce nouveau document, ce recul fera régresser le produit régional brut par tête pour se situer à son niveau de 2007, d’ici la fin 2021 et le virus « pourrait faire retomber 43 millions de personnes dans l’extrême pauvreté, annulant cinq ans de progrès ».

Les pays les plus touchés sont aussi les plus importants, comme le Nigeria qui a vu son PIB s’effondrer de 6,1 % au deuxième trimestre, et surtout l’Afrique du Sud, qui a enregistré jusqu’à -17,1 % de perte de PIB. L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest ont globalement moins souffert que l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe. Kenya, Éthiopie et États insulaires ont ainsi plus pâti du confinement et de l’interruption du tourisme que le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Ghana, en partie protégés par leur agriculture. Le déclin de la croissance a été particulièrement marqué pour les pays exportateurs de métaux, pour lesquels on s’attend à une contraction du PIB réel de 6 %, reflétant en partie la baisse importante de la production en Afrique du Sud. Pour les pays exportateurs de pétrole, après une croissance de 1,5 % en 2019, le PIB réel devrait diminuer de plus de 4 points de pourcentage en 2020, du fait du recul de la croissance en Angola et au Nigéria. Toutefois, le rapport note que les pays dont l’économie ne dépend pas essentiellement des ressources naturelles, ne devraient afficher qu’un recul modéré de leur croissance en 2020.

Les recommandations pour une relance

Les experts de la Banque mondiale pensent que la reprise sera perceptible dès le troisième trimestre 2020. Ainsi, il dresse un scénario relativement optimiste d’une croissance de +2,1 % en 2021 et de +3,2 % en 2022, qui écarte l’hypothèse d’un retour du virus et suppose une bonne tenue des cours des matières premières. « Le chemin de la reprise sera long et ardu… les dépenses en matière des services des ménages seront contraintes, la production industrielle sera ralentie et le commerce international demeurera faible », indique le rapport. Ainsi pour enclencher la relance de l’économie, le rapport Africa’s Pulse suggère des investissements substantiels de la part des pays de la région et le recours à l’appui financier de la communauté internationale. « La voie de la relance économique s’annonce longue et difficile, mais elle peut être accélérée, solide et plus inclusive si les pays africains accordent la priorité aux réformes et aux investissements qui permettront de relever le défi de créer davantage d’emplois inclusifs et de meilleure qualité », explique l’économiste en chef à la Banque mondiale pour l’Afrique, Albert Zeufack.

Pour pallier la poussée des déficits budgétaires, la nouvelle aggravation de la dette des pays au moment où ils en ont le plus besoin de fonds pour faire face aux dégâts économiques provoqués par la pandémie, le rapportrappelle qu’il faut reconstituer un espace budgétaire, améliorer la gestion de la dette et combattre la corruption. Cet instrument d’analyse semestrielle des perspectives économiques des économies de la région met aussi l’accent sur deux atouts qui pourraient permettre à l’Afrique subsaharienne d’accroître sa productivité, d’augmenter la valeur ajoutée de ses produits et de créer les emplois formels. Il s’agit notamment de la transformation digitale et le commerce intra-africain. En plus, l’institution bancaire préconise la réalisation effective et rapide de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) pour booster le commerce régional. « Alors que la pression exercée par la pandémie sur les économies africaines continue de se faire sentir, il est important pour les décideurs politiques de créer l’infrastructure nécessaire à une reprise rapide de l’économie », recommande Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. Il poursuit : « des politiques solides créent les conditions nécessaires à un redressement durable et inclusif, ainsi qu’à une plus grande résilience aux chocs à venir ».

Félicienne HOUESSOU

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