Lutte contre la cybercriminalité en Afrique : « investir dans la recherche et le développement », dixit Gérard Da Costa

Gérard Joseph Francisco Da Costa

Le développement de l’outil informatique va de pair avec celui des méthodes et astuces pour faire de cet outil quoi qu’utile, un instrument criminel. En Afrique, la cybercriminalité fait face à des défis énormes qui nécessitent des actions rapides et efficaces à l’heure où les Etats de ce continent courent vers la dématérialisation des procédures administratives publiques. En vue de décortiquer le sujet, nous avons invité un ingénieur en informatique option cybersécurité et sécurité des systèmes d’information, Gérard Joseph Francisco Da Costa, à répondre à nos préoccupations.

Lire ci-dessous, l’intégralité de cette interview.

oddafrique.info : Comment pouvez-vous présenter Nu Jang Informatique ?

Gérard Joseph Francisco Da Costa : C’est une startup évoluant dans le numérique et qui a pour mission de mettre l’informatique au service de l’éducation. Nous l’avons créée dans le but de favoriser l’émergence de l’éducation informatique au sein de la population sénégalaise voire africaine et souhaitons par ce biais contribuer à l’accès aux nouvelles technologies pour un plus grand nombre.

Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés à Nu Jang Informatique ?

Notre objectif général est de favoriser l’accès et la formation d’un plus grand nombre de personnes dans le domaine du numérique et de l’informatique.

Nous avons aussi des objectifs spécifiques dont instruire les personnes souhaitant s’initier ou améliorer leur niveau en informatique ; les accompagner dans la prise en main des outils, et surtout, point important, les sensibiliser quant aux dangers liés aux nouvelles technologies.

Quel bilan pouvez-vous en faire ?

Le projet est tout récent et ne me permet pas d’avoir un regard tout à fait précis quant au chemin parcouru. Toutefois, à partir des quelques éléments mis en place depuis la création de Nu Jang Informatique, je suis en mesure de vous dire ma satisfaction. Les personnes ou groupes scolaires que j’ai eu à accompagner dans le cadre de ce projet ont su tirer profit de mes compétences pour améliorer leur connaissance et maîtrise des outils informatiques.

Nous avons eu à former sept jeunes dans le domaine de l’entreprenariat, nous avons eu à former 3 jeunes dans le domaine de la maintenance informatique et l’un deux travaille maintenant à temps plein. Toutefois, je mesure l’ampleur du travail et le manque de moyens financiers qui parfois nous empêchent avec mon équipe, de mener à bien certains projets.

 Comment pouvez-vous présenter Daara-IT ?

C’est une communauté de personnes passionnées des nouvelles technologies. Ayant un même objectif : celui de mettre à profit nos talents auprès de la société, nous nous sommes regroupés pour promouvoir ensemble ce secteur au Sénégal avec l’objectif  (à long terme) d’inclure davantage de zones dans la sous-région.

Quels sont ses objectifs et quel bilan pouvez-vous en faire ?

Nous voulons former, accompagner, sensibiliser, apporter de la valeur, promouvoir les TIC au Sénégal et en Afrique et créer la plus grande communauté geeks d’Afrique, entre autres.

On existe depuis novembre 2017, et depuis lors on a eu à faire beaucoup d’activités et participer à beaucoup d’activités liées à la technologie. En novembre 2017 nous avons tenu notre première AG ; le 20 Janvier 2018 nous avons organisé notre première ITDAY ; le 3 Mars 2018 nous avons eu notre deuxième ITDAY suivi du troisième le 5 Mai 2018 et du quatrième le 21 aout 2018.  

Nous avons eu l’occasion de participer à bon nombre d’événements durant l’année 2018 comme les « Security days » et nous avons enchainé en 2019 avec des ITDAY. De même, le 4 avril 2019, nous avons réussi l’organisation des premières journée tech de la commune de grand Yoff avant de tenir les paris des cinquième et sixième ITDAY le 8 avril et le 18 mai 2019. Nous avons eu à participer à nouveau au « Security days » mais aussi au « linux day » et beaucoup d’autres activités en 2019.

En 2020 avec le contexte sanitaire actuel, nous nous sommes adaptés en mettant en place des webinars afin de poursuivre nos activités à distance. D’ailleurs, nous en préparons un, axé sur le thème cybersécurité et prévu le 17 octobre 2020 pour entrer dans la logique d’ « octobre cybersécurité ».

En somme, si j’ose dire, le bilan reste positif malgré les imperfections, nous continuons à apprendre de jour en jour. Et on espère en faire une grande communauté très connue et qui a une utilité pour ses membres.

Comment pouvez-vous présenter Sense Quiz ?

Sense quiz est un jeu ludique, d’intelligence, de culture générale mais aussi un jeu social dont l’objectif est de s’entraîner et tester ses connaissances dans plusieurs rubriques comme l’informatique, les maths, la physique et bien d’autres. Vous avez même la possibilité de jouer en duel contre d’autres personnes en ligne.

J’ai participé au développement de ce jeu en mettant du contenu avec mon équipe. Donc j’ai joué un rôle de consultant mais l’idée du jeu et sa mise place ont été effectuées par l’entreprise CONELSI, une entreprise évoluant dans la cybersécurité et dont je connais tous les collaborateurs. C’est ce qui m’a d’ailleurs permis de contribuer à ce projet et ensemble, nous avons pu donner naissance à ce bébé.

L’objectif du jeu est de s’entraîner et d’asseoir ses connaissances. Alors l’intérêt particulier est double : s’amuser tout en apprenant, ce qui me parait être en parfaite connivence avec le profil de consommateurs actuels. Les gens sont souvent demandeurs de contenus éducatifs mais avant tout créatifs et ludiques. L’apprentissage par le jeu reste dès lors un des meilleurs moyens pour favoriser l’éducation. Par ailleurs, nous ciblons un panel plus large et non pas seulement nos concitoyens. Les africains pourront y trouver leur compte parce que les questionnaires établis s’avèrent davantage calqués sur le modèle d’éducation que l’on retrouve ici en Afrique, toutefois, ils s’adressent à tout un chacun.

Enfin, concernant l’aspect « innovation », nous avons pour objectif majeur, celui de vulgariser notre projet à l’ensemble du globe afin de faire découvrir au reste du monde nos talents. Nous voulons à travers toutes ces innovations, montrer que ce vieux continent est toujours capable de faire des merveilles et on espère inciter beaucoup de jeunes à faire de même pour davantage mettre en avant les talents de la jeunesse africaine qui regorge de ressources intarissables mais malheureusement inexploitées pour le moment.

Quel est l’état des lieux de la sécurité informatique dans le monde et en Afrique en particulier ?

Une étude du cabinet de cybersécurité Jighi, endossée par la Conférence sur la cybersécurité en Afrique (CSCA), montre la nature omniprésente de la cybercriminalité sur tout le continent, touchant les entreprises, les particuliers, les familles, les institutions financières et les agences gouvernementales.

Elle affirme que la faiblesse des architectures de sécurité, la pénurie de personnel qualifié, le manque de sensibilisation et la non-coordination des réglementations dans les pays africains ont accru la cyber-vulnérabilité du continent, mais il faut noter il y’a beaucoup d’efforts qui sont menés par beaucoup de nations pour tenter d’y faire face.

Pour ma part, je pense qu’il nous reste beaucoup à faire et si on veut s’en sortir, il faudra s’entraider entre nations. L’union fera la force.

De plus en plus d’actes criminels sont commis par le biais de l’informatique. Avez-vous des solutions pour permettre aux Etats africains de mieux combattre les cybercriminels ?

Pour combattre ce fléau, il faudrait une grande sensibilisation, investir dans la recherche et le développement dans le domaine de la sécurité. Il ne suffit pas juste d’acheter les dernières versions des technologies logicielles et matérielles pour être protégés, si ceux qui les manipulent n’ont pas suffisamment les compétences requises. Dès lors, la formation des agents et la sensibilisation ciblée et adaptée reste une des meilleures solutions pour espérer pallier ce phénomène.

Donnez-nous quelques astuces pour sécuriser davantage nos données informatiques

Premièrement je conseille deux choses à savoir la vigilance et la prudence. Pour le reste il y’a beaucoup de choses à dire mais nous allons citer quelques-uns dont éviter de cliquer n’importe où, n’importe comment sans avoir pris la peine de bien lire ce qui vous est proposé ; mettre à jour dès que nécessaire toutes les applications utilisées ; utiliser des mots de passe forts, incluant des majuscules, lettres, chiffres et caractères spéciaux ; prendre l’habitude de naviguer dans des onglets privés pour minimiser l’exposition des données personnelles ; éviter autant que faire se peut d’utiliser vos données bancaires sur les sites commerciaux.  

Le Darknet est-il utilisé en Afrique ? Quelles peuvent être les conséquences de son utilisation sur le continent ?

Oui bien sûr. Il est surtout utilisé par les cybers criminels même s’il y’a parfois de petits curieux qui s’amusent à découvrir. Le plus grand danger est le fait qu’on n’arrive pratiquement pas à vous identifier.

Les conséquences seraient dévastatrices pour le continent africain, imaginez quelqu’un qui commettrai ces actes cybercriminels sans être puni et sans être retrouvé, vu qu’on manque sévèrement de ressources humaines dans ce domaine. Une bande très bien organisée opérant dans le darknet serait un véritable casse-tête pour nos institutions africaines.

Comment est-ce que le secteur de la sécurité informatique peut apporter un plus à l’économie africaine ?

Les avantages sont nombreux mais je peux citer les meilleurs à savoir la création d’écoles en cybersécurité surtout à vocation régionale ou internationale pour permettre d’élargir les moyens humains pour pallier certains manques. Ces créations vont par conséquent générer du profit à partir des tarifs mis en place pour l’accès à l’éducation ; la mise en place des forums régionaux et internationaux où les participants viendraient s’installer dans des hôtels et consommeraient sur place, créant ainsi une rentrée d’argent ; la création de startup œuvrant dans ce domaine qui pourraient gagner des marchés de sous traitance, et bien d’autres.

Quels sont les défis auxquels font face les Etats africains en matière de sécurité informatique ?

Les états africains font face à plusieurs défis mais nous allons citer les plus essentiels que sont le manque de ressources qualifiées dans ce domaine ; le manque d’écoles spécialisées dans ce domaine ; le manque d’agences étatiques pouvant prendre en charge la gestion de tout ce qui a trait à la sécurité des SI et Cybersécurité ; le manque de volonté de la part de certains dirigeants d’investir dans ce secteur et la négligence accrue des autorités qui pour la plupart ne croient pas à une cyberattaque et en ignorent les risques encourus.

 Quels sont les difficultés que rencontrent les professionnels qui travaillent dans la sécurité informatique en Afrique ?

Ils sont confrontés à plusieurs risques tels que le manque de reconnaissance de certaines entreprises qui hésitent à recruter des gens spécialisés dans ce domaine ; le manque de confiance. Certaines entreprises ont peur de voir leurs données exposées au grand jour en mettant toute leur confiance dans un professionnel en SI ; le manque d’information dans ce métier qui pousse souvent les gens à sous-estimer notre travail, entre autres.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Pour ma part, je proposerai plusieurs solutions dont la mise en place d’une agence nationale de cybersécurité ; la mise en place d’un financement destiné à la formation en cybersécurité et SSI ; la promotion de ce secteur à travers des actions de sensibilisation à travers plusieurs supports télés, radios, etc ; coordonner des actions communes dans ce sens car la sécurité est une affaire de tous ; aider des universités à créer des modules sur la SSI ; la création de concours spéciales, entre autres.

Dans le cas du Sénégal, nous avons une école régionale, puis des départements dans différentes agences étatiques et quelques écoles privées qui œuvrent dans ce sens, c’est le cas d’ITSCHOOL-CITS, une université qui forme de bons ingénieurs en sécurité informatique.

Et si je généralise en Afrique on retrouve la même chose dans les autres pays mais pas tous car la majorité ne sont pas dans cette mouvance et ignorent les dangers venus du cyberespace. En somme, il nous faut tout d’abord mettre en place une agence qui pourra coordonner toutes ces actions cyber comme l’ANNSI le fait bien pour la France.

Quelles sont les perspectives du secteur de la sécurité informatique en Afrique ?

Comme nous avons besoin de gens qualifiés dans le domaine, nous devons accepter les collaborations interétatiques, recruter des experts qui viendraient en Afrique afin de participer à la formation des jeunes et aussi faciliter les voyages d’études pour aller se former en sécurité informatique.

Je rêve plus grand à savoir pourquoi ne pas créer une agence africaine de cybersécurité qui aura pour mission d’accompagner tous les états dans le processus de mise en place d’agences de cybersécurité.

Avez-vous un sujet particulier à évoquer ?

Oui, à savoir la nouvelle tendance des jeunes qui prennent tout de l’occident sans réfléchir. Il est temps et urgent de leur faire comprendre que nous avons chacun nos réalités.

Donc les acteurs dont les Etats, entreprises et particuliers, doivent guider cette jeune génération et leur faire comprendre que si on veut que l’Afrique se développe ce ne sont pas les autres qui le feront à notre place mais nous-mêmes. Nous devons réadapter les programmes pour les enfants, revoir l’enseignement, faire aimer aux jeunes les sciences, accompagner nos jeunes talents et promouvoir davantage la campagne des africains qui se sont démarqués du reste du monde et qui sont reconnus mondialement grâce à leur travail acharné afin d’en faire des références pour les jeunes africains.

Je termine en disant que la raison est présente en chacun d’entre nous mais tout dépend de comment nous l’utilisons. Alors sachons gouverner au mieux notre raison pour produire davantage de bons fruits capables de participer à l’émergence de notre chère Afrique. Un raisonnement emprunté à mon philosophe préféré, Descartes. Merci d’avoir pris le temps de me lire.

Bref aperçu de Gérard Da Costa

« Je suis un passionné des nouvelles technologies et à cause de cela je ne cesse de me perfectionner et d’apprendre des choses nouvelles comme : l’IA, l’IOT, le devop’s, entre autres.

Je suis un formateur dans une université privée qui donne des modules en cybersécurité. J’aime le partage car ma philosophie c’est : quand on sait donner, on reçoit en retour et parfois même, plus.

Dans le cyberespace, je suis connu sous le pseudo #rootSN, ce pseudo ne se limite plus à ma personne, désormais c’est devenu un symbole qui signifie : le partage, l’entraide, la persévérance et le leadership. Tout ceci a été possible grâce à ma communauté Daara-it, dont tous les membres qui la composent me sont très chers. Je puise ma force en chacun d’eux et je suis très heureux d’être leur président.

 A part cela je suis un entrepreneur, j’ai créé Nu Jang Informatique avec des amis.

Je suis aussi le propriétaire du blog le monde du numérique (www.lemondedunumérique.com). Ce blog me permet de tester mes talents d’écrivain (rires) et aussi de faire comprendre aux gens ce qui se passe dans ce monde numérique appelé cyberespace.

Une petite confidence : je suis un patriote. Au-delà de mes croyances et de ma famille, j’apporte une affection sans précédent pour mon pays, le Sénégal et par extension, mon continent : l’Afrique. Je crois en tous les potentiels cachés dans ce continent et espère un jour avec mon humble contribution, pouvoir assister à leur essor et montrer au reste du monde de quoi nous sommes capables ».

Interview réalisée par Nafiou OGOUCHOLA

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