Michel Abdelouhab conseille les DTS en vue de la relance économique de l’Afrique

Le professeur de sciences économiques, Michel Abdelouhab

L’avènement de la Covid-19 a révélé les failles de l’économie mondiale. En Afrique, la relance des activités après les périodes de confinement est au cœur de toutes les préoccupations. Devant la faiblesse des politiques économiques mises en place dans la plupart des Etats qui composent le continent africain, il urge d’ourdir des stratagèmes efficaces qui prennent en compte les réalités du continent.

En vue d’apporter sa contribution sur la question, le fonctionnaire détaché au ministère français des Affaires étrangères, professeur de sciences économiques dans une université française de Luanda en Angola, Michel Abdelouhab a rédigé une tribune qui est parvenue à notre rédaction. Lire ci-dessous, l’intégralité de ladite tribune libre.

Tribune libre de Michel Abdelouhab

QUELLE EONOMIE DU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE APRES LA CRISE COVID ?

La crise sanitaire, dans le monde et en Afrique, a montré les failles de l’économie mondiale. En Afrique, même si la pandémie a été beaucoup moins meurtrière que dans une bonne partie du reste du monde, elle a eu le mérite de mettre en exergue les failles des économies africaines remettant en cause leur modèles de développement, et faisant basculer immédiatement 50 millions de personnes dans la grande pauvreté. La Banque Mondiale estime que 150 millions de personnes vont suivre à très moyen terme la même trajectoire. Cinq années d’efforts et  de lutte contre la pauvreté  ont ainsi été annulées en quelques mois.

Le modèle extraverti de la croissance des économies africaines doit donc être remis en cause. L’exportation de produits bruts, dont les revenus dépendent eux même de la croissance mondiale, ont asséché les ressources de ces pays à un moment où ils en ont le plus besoin. Il est donc essentiel de bannir toute exportation de produits bruts pour des productions finies ou semi finies de façon à créer de l’emploi et de la valeur ajoutée. La diversification industrielle doit être une priorité.

Par ailleurs, la chute des cours des produits agricoles a été constatée, remettant en cause les ressources des agriculteurs, comme les producteurs de cacao en Côte d’Ivoire et de coton au Benin. Un prix garanti doit être instauré pour pouvoir assurer à ces producteurs un revenu décent. De même, ces pays doivent atteindre l’autosuffisance alimentaire. Les famines pointent en effet dans certaines régions du continent.

Le secteur informel a été fortement impacté par la crise sanitaire et les divers confinements. Comment aider un secteur qui emploie jusqu’à 80% de la population active sans pour autant réussir à identifier ses acteurs ?

La formalisation de ce secteur doit donc être une priorité de façon à pouvoir verser des aides nécessaires. Par ailleurs, cette formalisation va concourir à la diversification de l’économie et accroitre les ressources fiscales pour le budget.

Le secteur sanitaire doit être mis à niveau. La pandémie a montré la fragilité et la précarité des systèmes de santé africains. La part du PIB devrait monter à 11%, comme en Europe. Il est actuellement, en moyenne, d’environ 7% en Afrique.

Mise à niveau du système sanitaire, formalisation du secteur informel, garantie des prix des produits agricoles, diversification de l’économie. La Banque Mondiale a chiffré à 1200 milliards de dollars les besoins financiers du continent.

Quelles sources de financement ?

Les plans d’ajustements structurels paupérisent la population. Les emprunts obligataires attirent les fonds vautours. L’aide au développement est largement insuffisante et laisse ces économies dans la dépendance vis-à-vis des pays du nord.

Le DTS semble être la solution. Qu’est-ce que le DTS ? Des Droits de tirages spéciaux. La BCE peut produire des euros de façon illimitée. La FED peut produire des dollars de façon illimitée. La Banque Centrale Britannique et la Banque Centrale du Japon peuvent produisent elles aussi de la monnaie de façon illimitée. Le FMI peut aussi produire de la monnaie FMI c’est à dire du DTS de façon illimitée.

Ce système a été mis en place pour certains pays lors de la crise de 2009 et, il a très bien marché. Si le FMI donne 100 DTS à un pays africain et que ce dernier le présente  à la FED, celle-ci lui change son DTS contre des dollars. Et cette banque centrale est obligée de le faire selon les accords signés en 1969 entre le FMI et les banques centrales lors de la création du DTS.

Ce système a été mis en place pour certains pays lors de la crise de 2009.

Ce sont les banques centrales, FED et BCE, qui, par la méthode de création monétaire non conventionnelle, le quantitative easing,  en rachetant les créances publiques et en les stockant dans l’actif de son bilan, garantissent la viabilité de l’endettement des pays du nord tout en faisant baisser toute chose égale par ailleurs au taux d’intérêt et donc à la charge de la dette.

Le FMI pourrait donc jouer le rôle de banque centrale des pays africains et lui procurer les ressources financières nécessaires par le biais d’émission de DTS et à assurer le développement économique et financer les politiques contra cycliques suite à un choc externe.

Il n’est pas moral et tenable à terme d’encourager les pays riches à s’endetter sans compter avec l’aide de leur banque centrale et, demander aux africains de rembourser leurs dettes en pratiquant des politiques économiques d’austérité.

La crise sanitaire a au moins eu le mérite de mettre à jour le discours différencié et le deux poids deux mesures pratiqués par les créanciers privés des pays du nord, dont les institutions de Bretton Woods.

Encadré (NDLR)

Le DTS est un actif de réserve international, créé en 1969 par le FMI pour compléter les réserves de change officielles de ses pays membres. En mars 2016, 204,1 milliards de DTS avaient été créés et alloués aux pays membres (soit l’équivalent d’environ 285 milliards de dollars). Les DTS peuvent être échangés contre des devises librement utilisables. À compter du 1er octobre 2016, la valeur du DTS repose sur un panier de cinq grandes devises : le dollar des États-Unis, l’euro, le renminbi chinois (RMB), le yen japonais et la livre sterling.

Le DTS a été créé par le FMI en 1969 comme avoir de réserve international complémentaire dans le cadre du système de parités fixes de Bretton Woods. Tout pays adhérent au système devait disposer de réserves officielles comme les avoirs en or de l’État ou de la banque centrale et devises largement acceptées, qui pouvaient servir à racheter sa monnaie nationale sur les marchés des changes internationaux, au besoin, pour maintenir son taux de change.

Sources : FMI

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