Le revenu universel, l’outil idéal pour la relance de l’économie africaine selon Michel Abdelouhab

Le professeur de sciences économiques, Michel Abdelouhab

(« Un formidable outil de progrès économique et social »)

L’Afrique à l’instar des autres continents a souffert des affres de la Covid-19. D’environ 6 % en fin de l’année 2019, les prévisions de croissance pour l’année 2021 sont en deçà de zéro pour certains pays sur le continent. Ce qui ne fera qu’aggraver les difficultés que connaissaient le continent avant la Covid-19 dont la faim, la pauvreté et le chômage.

Cette situation a interpelé le fonctionnaire détaché au ministère français des Affaires étrangères et professeur de sciences économiques dans une université française de Luanda en Angola, Michel Abdelouhab. D’origine magrébine, il est consultant sur les questions économiques en Afrique et se prononce régulièrement sur les sujets socioéconomiques sur le continent et à l’international. A travers une contribution parvenue à notre rédaction, il oriente les attentions des dirigeants africains vers le revenu universel et s’appesantit sur les expériences effectuées par le passé pour conforter sa thèse.

Lire ci-dessous, l’intégralité de ladite contribution.

Contribution de Michel Abdelouhab

La crise économique consécutive à la crise sanitaire frappe l’ensemble de l’économie mondiale. Elle apparaît comme étant le révélateur des dysfonctionnements que connaissent les systèmes économiques dans le monde en général et en Afrique en particulier. La récession en Afrique pour 2020 est estimée à moins 3% du PIB, soit une destruction de richesses d’environ 80 milliards d’euros, entraînant un basculement de 50 millions de personnes dans la grande pauvreté.

La lutte contre la pauvreté passe effectivement par la création d’emplois formels. Pourtant, ces emplois sont trop peu nombreux et les rémunérations souvent trop faibles ne permettent pas de vivre correctement. Le seuil de pauvreté étant à 1,90 dollars par jour et par personne, quelles solutions alors proposer pour éradiquer ce fléau ?

Il existe entre 800 millions et 1 milliard de personnes vivant sous ce seuil de pauvreté, en grande partie de ces personnes vivant en Afrique. Il faudrait 80 milliards de dollars soit 50% de l’aide au développement pour verser un revenu minimum à toutes ces populations.

Le Togo a expérimenté le revenu universel en 2020, durant le confinement. Versé deux fois par mois aux personnes travaillant dans le secteur informel et étant donc impactées négativement. 12250 cfa ont été versés mensuellement aux femmes, 10500 cfa versés aux hommes.

Appelé sous le vocable Novisi, 17,2 millions d’euros ont donc été versés pendant 3 mois à ces populations sur leur compte mobile, abondés par l’état togolais et l’agence française de développement.

Initié par le philosophe américain Thomas Paine au xviii siècle, la notion de revenu universel correspond à un impôt négatif qui permettrait à chacun de disposer d’un revenu mensuel cumulable avec un revenu d’activité sans condition de ressources. Par ailleurs, l’effet multiplicateur de ce revenu montre que pour 1 unité monétaire distribuée, les vagues de revenus générées par cette distribution seraient d’environ 2,5 unités monétaires, le multiplicateur keynésien jouant à plein puisque la propension à consommer de ces populations étant proche de 1.

Au Kenya, une expérimentation de ce revenu universel a été mis en place, 20600 kenyans ayant bénéficié d’un versement de 22 dollars par mois, pendant deux à douze ans.

En Namibie, de janvier 2008 à décembre 2009, un projet pilote de revenu de base a été initié dans des villages de Namibie et a concerné environ 1000 personnes. 12 dollars étaient distribués chaque mois à tous les habitants de moins de 60 ans.

Dans tous les cas de figure, chaque fois que le revenu universel a été mis en place en Afrique, il ne s’est pas traduit par une baisse d’activité. Au contraire, l’activité a augmenté,  phénomène microéconomique qui s’est confirmé partout où il a été expérimenté.

Par ailleurs il a été  constaté une baisse de la malnutrition infantile, de l’absentéisme scolaire, et le développement de micro entreprises qui revitalisent le tissu économique et social. Et, de par l’effet multiplicateur, les revenus des bénéficiaires ont augmenté de 29%. La baisse du chômage a également été constatée, passant de 60% à 45% de la population en âge de travailler, en moins d’un an. Enfin la délinquance et la criminalité ont fortement diminué dans ces zones d’expérimentation.

 La prix Nobel d’économie Esther Duflot a confirmé les effets vertueux du revenu universel sur l’activité et sur les niveaux de vie en Inde et en Afrique en 2019.

Le blocage idéologique étant levé notamment celui qui reste inhérent au modèle de croissance néoclassique, affirmant que la distribution de revenus encouragerait le loisir plutôt que le travail. Quelles sources de financement à mettre en place ?

Le coût estimé de la mise en place de ce revenu universel serait d’environ 80 milliards d’euros soit environ 52.574 milliards FCFA, soit 50% de l’aide au développement, ou encore le montant des flux annuels de capitaux quittant l’Afrique,  de façon légale ou illégale. Pour être financé, un certain nombre de conditions doivent être réalisées.

D’abord, l’annulation des dettes vis-à-vis des créanciers privés. Le FMI pourrait agir comme étant la banque centrale des pays africains, en rachetant les dettes de ces pays avec du Droit de tirage spécial (DTS) de droit négociable avec les 5 plus grandes banques centrales du monde,  c’est-à-dire convertissable en euros, dollars, yen, livre sterling, ou yuan chinois. Ça ressemblerait au quantitative  easing pratiqué par la FED et la BCE. Il s’agit ici de 500 milliards de dollars soit environ 328.587 milliards FCFA. Seuls à ce jour les USA s’opposent à cette création de DTS. Le changement d’administration pourrait changer la donne.

Ensuite, une réforme fiscale de grande ampleur intégrant le principe de l’impôt proportionnel au premier dollar ou euro en monnaie locale perçue. Les ménages aisés renversant à l’Etat ce qui leur avait été versé.

La mise en place d’une TVA généralisée et aussi d’un impôt sur les bénéfices,  ce qui sous-tend la formalisation du secteur informel, c’est-à-dire son intégration dans la sphère formelle pour être identifiée. Une renégociation avec les grands groupes multinationaux sur le montant des royalties à reverser aux États notamment dans les pays pétroliers et miniers, s’impose aussi.

Enfin, une réorientation des aides au développement vers le financement du revenu universel. Couplé avec l’enseignement et la santé gratuits ainsi que les subventions aux produits de base, le revenu universel apparaît alors comme un formidable outil au profit du progrès économique et social et du développement économique du fait de l’effet multiplicateur de revenu qu’il engendre et de l’amélioration de l’indice de développement humain qu’il provoque.

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